Failly-Vrémy
Villages lorrains

 

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Mise à jour : 10/05/03

 

UNE COUTUME de FAILLY  

 

Extrait du mémoire "coutumes, traditions, manifestations et légendes : une année dans les villages du Haut Chemin".
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Origines - Déroulement - Costumes
 Historique - Témoignages

 

Le village de Failly avait une tradition folklorique qui se pratiquait à l'époque de Carnaval. De nombreuses personnes venaient de tous horizons pour assister à cette fête d'une très forte renommée.

Cette tradition est malheureusement totalement perdue aujourd'hui.

Le mot "Queulot" reste cependant connu de tous car c'est le nom des habitants de ce village ainsi que du café restaurant du village, fermé il y a quelques années.  


Le queulot, à gauche, et le maire de Chaty,
en habits de gala, en 1931.

 

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LES ORIGINES DE LA COUTUME       

A Failly vivait au 15ème siècle le seigneur de l'agglomération. Il avait du mal à s'endormir et était gêné dans son sommeil à cause des croassements de grenouilles et de crapauds qui peuplaient trois mares, les ruisseaux et le fossé entourant le château.

Les habitants de Failly avaient l'habitude de laver leur linge dans ces mares. Un jour que le châtelain aperçut par sa fenêtre des paysans laver leurs draps dans ces étendues d'eau dormante, il se demanda si ces personnes ne pourraient pas venir également la nuit pour essayer de faire taire le bruit incessant de ces batraciens.

Geneviève Pelte nous affirme que les grenouilles de Failly étaient encore bruyantes au XXème siècle. (témoignage ci-dessous)

Le châtelain demanda alors à des villageois d'aller frapper la surface de l'eau avec une perche au bout de laquelle était noué un chiffon, appelé "la queule". Comme il fallait désigner des braves gens, il choisit de laisser cette tâche à tous les jeunes hommes mariés dans l'année.

Mais le châtelain mourut en 1444.

Le successeur du seigneur décida de supprimer cette "tradition" qu'il pensait être une corvée. Mais les habitants l'ont regrettée et c'est en souvenir de cette habitude perdue que fut imaginée une allégorie.

Les jeunes gens firent un banquet au cours duquel ils nommèrent deux organisateurs qui auraient la charge de préparer les festivités. Et tous les ans, à la même époque, de nouveaux organisateurs seraient nommés par les anciens. L'un s'appellerait le Queulot et l'autre le Mare de Châty.

"Quelot" ou "Culot", en patois lorrain, signifie le dernier né, le plus chétif d’une nichée, le dernier de la famille, celui qui arrive en queue, le plus jeune, le plus petit...

"Mare de Châty", signifiait Maire ou Maître des Chétifs.  

 

 

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LE DÉROULEMENT DE LA COUTUME     

- La veille du dimanche gras, après les Vêpres, (Office que l'on célèbre le soir, au coucher du soleil.) le "Queulot", qui était caché dans une maison, faisait soudain irruption dans le village au milieu des paroissiens venus de partout.  

Les derniers Queulots de Failly

Il barbouillait de purin (ou liquide du caniveau) sinon le visage, du moins le bas des vêtements et les souliers de toutes les personnes qu’il voyait, à l’aide de sa 'queule', une sorte de torchon porté au bout d'un long bâton.  

Les gens se sauvaient le plus vite possible mais le Queulot les poursuivait ardemment dans les rues du village. On imagine le pittoresque de la tradition en apprenant que certaines coquettes étaient pourchassées dans ce but jusqu'à leur domicile.

Certains disaient que cet acte était un porte-bonheur pour les nouveaux habitants. Les spectateurs prenaient plaisir à fuir à l'approche du Queulot. Ils avaient pour habitude de se revêtir de vieux vêtements pour cette tradition

Le Queulot se déplaçait également dans les maisons pour y chercher les personnes cachées dans quelques coins obscurs.

Pendant ce temps là, le "Mare de Châty", compère du Queulot, attendait les fidèles à la sortie des Vêpres. Il était armé d'une lance du 16ème siècle appelée "palate". Le bas du fer se terminait par un quillon recourbé en crochet de chaque côté (voir photos). Ce quillon, ou hallebarde était d'origine moderne et on y lisait les chiffres 1 4 4 4, date de la mort du châtelain...

En soirée, les filles du village fabriquaient le chapeau du futur Queulot. Les garçons quant à eux animaient le village en faisant des sketches... Puis un bal avait lieu sur la place du village où les danseurs devaient éviter les coups de queule ! Garçons et filles veillaient.

 

L'Election du Mare de Châty

- Le Mardi-Gras, on élisait le nouveau Mare de Châty pour l'année suivante, parmi les jeunes mariés. Élection bien originale et pittoresque !

Ce jour au matin on décidait d'aller à la recherche des candidats, personnes qui n'avaient jamais été Queulot ou Mare de Châty, Ceux-ci avaient déjà quitté le village avant la pointe du jour pour se cacher afin d'échapper aux recherches du Mare de Châty, du Queulot et de leurs aides bénévoles. Au total c'était un groupe d'une vingtaine de personnes qui les poursuivait ! La population des villages voisins était invitée à cette poursuite.

Les fugitifs étaient ensuite ramenés à Failly, de grès ou de force. De toute façon, au bout d'un moment, les candidats se laissaient attraper, sachant qu’un repas les attendait.

Geneviève Pelte nous raconte un peu cette course-poursuite. (témoignage ci-dessous)

- Pour l'élection du Mare de Châty, dans la soirée, tout le monde se munissait de torches de paille et de résine. L’élection se passait sur la place du village, d’où le nom aujourd’hui "Place du Mare de Châty". Les candidats faisaient deux rangs, qui formaient une haie devant le pressoir nommé "le chaucu". L’ancien Mare courait entre les deux rangs de candidats. Il saisissait chaque candidat l'un après l'autre par le bras droit, les gardiens maintenaient alors celui-ci par le bras gauche et l'obligeaient à courir dans une certaine direction.

Arrivé à mi chemin le candidat devait jeter des pièces dans un van (Grand panier plat en osier muni de deux anses, pour le vannage du grain.) en criant "pile" ou "face". Celui des candidats qui marquait le plus de points était alors nommé Mare de Châty. En cas d'ex æquo, ils recommençaient le jeu.

Selon d'autres personnes, le jeu se déroulait comme suit: le candidat devait jeter une pièce. Face: il était élu nouveau Mare. Pile: il fallait recommencer avec un nouveau candidat.

Quoi qu'il en soit, le Queulot barbouillait le derrière de chaque perdant avec la queule trempée dans le purin et le public de crier :

"Cn'ap co lu !" ("ce n'est pas encore lui !")

Une fois le bon Mare de Châty désigné, le public chantait alors:

"Cat lu ! Cat lu !"

Tout ce spectacle pour l'élection durait environ une demi-heure.

Le Mare de Châty élu était alors le nouveau chef de la confrérie des Queulots. C'est à lui qu'incombait le sort d'imposer le respect dû à cette coutume.

- Dès que le Mare de Châty était élu, il était conduit avec un cérémonial d'usage avant que tous viennent souper chez lui...

Torches toujours allumées, toute la troupe partait en procession: des portes flambeaux masqués, rangés de chaque côté, escortaient les Mares de Châty. En tête tambours, musiciens et l'ancien Mare de Châty. Son successeur était porté, assis sur le manche de la hallebarde. Le Queulot suivait en continuant à "queuler".

- Entre temps, la femme de l'ancien Mare de Châty et celle du Queulot se rendaient au domicile du nouvel élu. Toutes deux et l'épouse de l'élu se plaçaient sur le seuil en attendant l'arrivée du cortège. Et avec leurs mains enduites de suie, elles souhaitaient la bienvenue aux arrivants en leur noircissant le visage ou en leur prodiguant des caresses.

Ensuite, les hommes allaient s'essuyer la figure et les mains aux rideaux blancs de la fenêtre ou à la toile blanche des draps du lit.

- Toute la troupe du cortège entrait ainsi petit à petit dans le logis du nouveau mare de Châty afin d'aider à "éroser la palate" (arroser). Lorsque la hallebarde avait été arrosée, nombre d'amis allaient chercher chez eux quelques bonnes bouteilles de vin et l'on continuait de boire en jouant aux cartes, en attendant le souper que préparaient les femmes.

Pendant ce temps, le nouveau mare de Châty faisait une tournée dans le village et allait inviter chaque maître de maison à assister au souper.

Rentré chez lui, il se joignait aux invités puis ils festoyaient tous jusqu'au lendemain matin.

 

 

Élection du Queulot

- Le dimanche suivant, premier dimanche des Carêmes, vers 7 h du soir, on élisait le nouveau Queulot parmi les jeunes mariés. C'était en fait le nouveau Mare de Châty qui choisissait son Queulot, en accord avec l'ancien Mare et l'ancien Queulot.

Il était convenu dans la tradition que si le Queulot venait à mourir dans son année de mandat, la tradition cesserait également. Mais cela ne s'est jamais produit.

Certaines personnes se sont même plaintes d'avoir avancé d'une année au moins la date de décès d'un de leur proche en l'empêchant d'être Queulot (en 1836 et en 1867).

Certains disent que le Queulot une fois élu, avait la fonction de renouveler les gestes d'antan en aspergeant de sa Queule (ou Keule) les villageois et curieux qui évoquaient les grenouilles.

Après le choix du Queulot, venait une cérémonie publique à laquelle les assistants étaient appelés à approuver ce choix.

La population était invitée à assister à toute la cérémonie par un grand roulement de tambour. A l'extrémité du village, vers Villers l'Ormes, un énorme bûcher était érigé avec les fagots des sarments (Jeunes rameaux de vigne) que les enfants étaient allés chercher dans les vignes.

Pendant que le bûcher flambait, l'ancien Queulot et les Mares de Châty, anciens et nouveaux, étaient entourés des villageois. Ils devaient raconter "des items" appris par cœur, c'est à dire des histoires amusantes, exagérées, composées pour la circonstance, souvent concernant le nouveau Queulot. C'était alors une véritable joute oratoire en patois.

Chaque fois que l'un d'eux finissait son récit savoureux il s'écriait, en montrant le futur Queulot

"At ce qu'i ne mérite meu d'être Queulot ?"

et le public de répondre :

"Si at ! si at ! Queulot! Queulot !"

Le nouveau Queulot répondait alors à ses interlocuteurs.

Ensuite venait la proclamation des Vausemates. Devant le bûcher à tour de rôle, l'ancien Mare et le nouveau Queulot criaient une formule traditionnelle sur les valentins et valentines du village

– Ji donne, ji donne

-eh qui ? et qui ?

- eh M. . . . , Mem'selle . . . . ,

je set royale Vausemate

eh raicheté en mi-couronne,

etat une tonne de herangs,

ot i pain blanc,

aus' large qu'in vent (van)

Tous ensemble ils reprenaient

"Hérang ! Hérang !"

Aux garçons, jeunes ou vieux, et aux veufs étaient données de futures épouses et, parfois, on profitait de cette proclamation des couples pour assortir malicieusement certaines personnes que l'on voulait ridiculiser.

Après les Vausemates, les spectateurs rentraient chez eux en commentant les amusements de la soirée... Les jeunes gens se rassemblaient à l'auberge et jouaient aux cartes aux frais du nouveau Queulot. Puis ils reconduisaient chez lui le nouvel élu qui leur payait à boire.

"Hélas le Queulot de Failly devait disparaître à jamais. Ce qui est franchement regrettable !"

comme a dit un lecteur du Républicain Lorrain dans "Dialogue en pays messin"  

"N'etait ce pas là une bien curieuse coutume que nous nous dev[i]ons de conserver ?"

comme l'a demandé un journaliste dans un article

paru dans un journal de Metz le 15 février 1934

Elle n'a pas disparu à cause de la mort d'un Queulot mais en raison de l'expulsion des habitants du village lors de l'invasion de la France par les allemands en 1939. La tradition avait alors tout de même duré cinq siècles !

Au retour des habitants, en 1941, la coutume réapparut pendant quelques années... en vain. Elle s'est arrêtée pour la bonne raison que l'on ne trouvait plus de ravitaillement et que la vie à cette époque était très chère.  

 

Merci à Gérard ALEXANDRE, Christel LAUER, Jean Paul ROUY, Annie SAR, Jean Luc SAR et Jean Marie ZIMMER et aux autres habitants de Failly qui m'ont aidé pour reconstituer cette tradition.

 

 

 

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LES COSTUMES DES 2 PERSONNAGES

- Les costumes du Queulot et du Mare de Chaty ressemblaient, à l'exception du chapeau, à celui du bourgeois de Metz. Tous les deux portaient un bonnet pointu multicolore surmonté d'une touffe de laurier–sauce et de rubans. La tradition voulait d'ailleurs que la jeune fille qui cousait les rubans au bonnet du Queulot soit mariée dans l'année...  

- Le Queulot portait un habit à longs pans (Parties tombantes et flottantes d'un vêtement) garnis de gros boutons ainsi qu'un gilet à l'ancienne mode à deux rangées de boutons de fantaisies, une culotte, des bas blancs ou de couleurs, des souliers à boucles et un foulard qui enroulait son haut-col et formait un grand flot sur le devant. Pour le chapeau, plusieurs choux ou roses plaqués sur la face antérieure achevaient son ornement. Un solide cordon attaché de chaque côté de cette coiffe servait à l'assujettir et se nouait sous le pantalon. Cette mentonnière était masquée par une autre à larges rubans, laquelle se terminait par un beau nœud large. Le costume était dans les tons verts, rouges et jaunes...  

- Le costume du Mare de Châty quant à lui était plus sobre. Il se composait d'une blouse trois quart bleue et d'un pantalon. Les chaussures, comme le chapeau, étaient identiques à ceux du Queulot. Cependant, le Mare de Châty portait une écharpe.

- Les costumes de Queulot et du Mare de Châty sont exposés à Metz, comme curiosité, au musée du Peuple Lorrain.  

 

 

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PETIT HISTORIQUE                

En 1933 était élu comme Queulot M. Alphonse Rouy qui avait comme Mare de Châty M. Emile Pett.

En 1934 était élu Queulot M. Fontenèche Augustin.

En 1936, le Queulot était M. Léon Germain, cultivateur, et le Mare de Châty était M. Kiffer.  

 

 

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TÉMOIGNAGES                            



Geneviève Pelte  

Le Queulot était une coutume qu'il y avait eu dans "le pays".  

En 38, ça devait être le dernier Queulot.. En 39, avec le commencement de la guerre, on était tous mobilisés et on est partis en 40. La tradition a repris une paire de fois à notre retour mais ça n'a pas marché ! Les Failly ont arrêté, je ne sais pas pourquoi.

Le Maire de Châty avait la hallebarde et était élu le jour du Mardi Gras. Les femmes ne faisaient pas cela. Tous les hommes ne le faisaient pas non plus : les vieux par exemple ne le faisaient pas.

Le Maire de Châty était élu pour l'année suivante avec un autre Queulot. Ils avaient un repas chez le Queulot au Carnaval et un repas chez le Maire de Chäty le soir du Mardi Gras, quand ils étaient élus. Tous les hommes qui participaient à la tradition étaient alors invités.

Pendant l'année le Queulot et le Maire de Châty ne faisaient rien de particulier. Il faisaient leur travail habituel. En fait ils ne servaient pas à grand chose !

Le jour du Carnaval, le Queulot badigeonnait.. Le mardi, il avait encore sa "queule", comme on l'appelait. Mais après il ne faisait plus rien.

Oh mais il y avait beaucoup de monde à la tradition des Queulots ! Il y avait un bal, il y avait tout… on avait très froid !...  

Jean Paul Phillips, Servigny-lès-Sainte-Barbe

Les anciens racontent aujourd'hui de nombreuses anecdotes. Mon voisin, qui a 95 ans aujourd'hui, ancien boulanger épicier, m'a raconté beaucoup de choses sur l'histoire du village. Mon beau-père; lui, me raconte qu'il allait voir le Queulot qui badigeonnait les habitants de Failly avec du Purin et que les gens venaient de Metz, d'Allemagne et de partout pour assister à ce spectacle.


 

Les Queulots de Failly dans le Suppléments Lorraine au XXème siècle du Républicain Lorrain: cliquez ici.

 

 

 

 

   

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