Failly-Vrémy
Villages lorrains

 

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Une légende...

Jean avait rencontré Françoise à Chieulles, un samedi après-midi, alors qu’il descendait de sa carriole qui l’avait mené en ce village pour y voir sa grand-mère. Aussitôt, les deux jeunes gens s’étaient souri et au fond de leur cœur était né l’amour. Lorsque Jean, le soir venu, ressortit de la maison de sa grand-mère, Françoise l’attendait. Sans un seul mot, ils se prirent la main et partirent droit devant eux.

Ils se marièrent à Failly et s’y installèrent, à peine un mois plus tard. Jean travaillait dans le ferme de son père et Françoise l’aida dans ses travaux. C’était un couple sans histoire, que tout le monde dans le pays admirait. Très vite, Jean réussit à s’acheter une petite maison.

Puis une petite fille naquit et la vie du jeune ménage, dure et silencieuse, fut égayée pat cette enfant charmante qui, comme ses parents, était naturellement calme.

Mais il y eût l’incendie, l’horrible incendie qui , par une nuit d’été, détruisit la petite maison et bouleversa tant Françoise, alors enceinte, qu’elle mit au monde, prématurément, un garçon. Elle en mourut.

Jean seul et désespéré, devrait élever les deux petits. On enterra sa femme dans le petit cimetière de Failly, sous une terre noire et triste où logeaient les escargots.

La première nuit après l’enterrement, Jean ne pu fermer l’œil et, vers minuit, il se leva, s’habilla et sortit jusqu’au cimetière. C’était une nuit morne et pâle.

Dans le cimetière silencieux, les croix projetaient des ombres qui ne parvenaient pas à se rendre effrayantes, mais qui, au contraire, créaient une atmosphère sereine et détendue, une atmosphère clame ou Jean se sentit bien. Il resta des heures debout près de la tombe toute fraîche et, dans sa tête en feu, les idées les plus diverses se bousculèrent.

A un certain moment, il ressentit comme un souffle sur son front et une voix intérieure lui murmura :

" pense à ton fils, sauve-le, permets-moi de venir le nourrir, de venir l’abreuver du lait de mes seins enfouis, Permets qu’il survive en mémoire de moi... "

D’abord surpris, Jean su ce qu’il avait à faire. Plus d’une fois, ils avait entendu parler d’étranges coutumes médiévales des habitants de Failly, mais jamais il n’en avait connu d’exemple précis.

Il savait qu’il fallait tout simplement entourer la tombe des jeunes femmes mortes en couches d’un long fil blanc fait de brume pour permettre à la mère de revenir pendant quarante jours allaiter son enfant et de le sauver d’une mort qui autrement, d’après les traditions, était certaine.

En cette première moitié du XIXème siècle, Jean n’avait guère de chance de sauver son fils né prématurément et il le savait : la légende du fil magique le décida à tenter l’impossible.

Sans plus attendre, il sortit du cimetière et, quittant le village, s’en alla au bord d’un petit ruisseau auprès duquel flottaient en permanence des brumes épaisses et filandreuses qui s’enroulaient comme des folles aux arbres tordus.

Il hurla sa confiance à la nuit, et, à genoux dans l’herbe humide, ramena de pleines brassées de brumes qu’il entassait ensuite près de lui. Lorsqu’il jugea qu’il en avait assez, il pris la brume et, la faisant passer à travers des rayons de lune se mit en devoir d’en faire un seul fil, le plus long possible ; il l’enroula autour de son poignet gauche et repartit en courant vers le cimetière.

"Voilà, Françoise ! Il sera sauvé, ! Il sera sauvé ! " criait-il sans se soucier du bruit qu’il pouvait faire.

La tombe ne possédait pas de rebord aussi brisa-t-il en quatre morceaux une vieille croix de bois abandonnée dans une allée, afin d’en faire quatre piquets autour desquels il enroula le fil magique. Puis ils dormit pendant vingt nuits et vingt jours. Lorsqu’il s’éveilla, il se rendit près du berceau et un large sourire illumina son visage. L’enfant rose était en parfaite santé et dormait à poings fermés.

Alors Jean reprit son travail toute une journée, puis quand le soir fut venu, il se recoucha et à nouveau, dormit vingt nuits et vingt jours.

Dans le petit cimetière, le fil disparut comme par enchantement, mais les quatre piquets restèrent longtemps encore et chaque fois que Jean allait prier sur la tombe de sa femme, il les regardait en pleurant, mouillant de ses larmes la terre noire des escargots.

Depuis des carrioles entières d’années mortes ont sombré dans les caves du temps.

Depuis, dans les champs du repos renaissent parfois des cueilleurs de brume.

 

 

 

   

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